Emprunts toxiques à Bourg-la-Reine ou la gestion de « bon père de famille »

Amis réginaburgiens, l’heure est grave. Nous avons longtemps cru que la mairie, à défaut d’être active dans sa gestion, de s’inspirer des meilleures pratiques, voire tout simplement de rendre un service attendu par tous ses concitoyens avaient au moins une qualité. Oui, une. Celle-ci aurait été gérée en « bon père de famille ». Voilà l’antienne qui revient ad nauseam.

 Qu’apprenons-nous depuis hier ? Des élus locaux se sont fourvoyés dans l’argent facile, la dette sans intérêts. C’est désormais sur tous les médias : au moins 5500 villes ont souscrit des emprunts dits « toxiques ». Aujourd’hui en première page de LeMonde.frLibération en parlait hier. Mediapart a même réalisé un reportage dans la commune d’Unieux sur ce sujet. Encore plus intéressant, Libération fournit une carte recensant les villes ayant succombé à ces facilités.

Pourquoi exposer dans notre webzine local ce problème d’abord national ? Tout simplement, parce que visiblement l’équipe de Jean-Noël Chevreau a des penchants pour la finance de casino ! En effet, on peut retrouver notre bonne vieille commune de Bourg-la-Reine, qui, sur les sujets essentiels, sait innover.

Notre « bon père de famille », apparemment tient aussi du golden boy de la City, et il a donc choisi deux prêts suspects:

Commençons déjà par noter l’ironie du TipTop Euribor. Tout dans ce nom fleure bon le produit créé ad hoc pour attraper le gogo, mais bon passons, ce n’est pas l’essentiel. Le plus important, c’est bien sûr, les surcoûts occasionnés par ces produits. Et là, on retrouve toute la puissance de la gestion de « bon père de famille ». En effet, la souscription de ces emprunts a occasionné un surcoût total de près de 600000€.

Non, cher lecteur, tu as bien compté les zéros. Tu as bien lu : six -cent-mille-euros. Oui, les traders gérant la mairie auraient gaspillé ces sous au lieu d’investir dans des structures qui auraient été utiles pour notre ville : crèches, rénovation d’écoles, co-financement d’infrastructure permettant l’émergence d’un vrai centre-ville. Bref, toutes ces choses que l’on attend quand une ville est gérée normalement.

Maintenant se pose la question du pourquoi. Comme dans toute bonne enquête policière on doit se demander « à qui profite le crime ? ». Déjà, à quoi servent ces produits financiers ? Et bien c’est simple, à maquiller l’aspect des comptes, afin de les rendre plus présentables. Il serait compliqué d’expliquer très précisément [1] les mécanismes comptables en jeu, mais pour donner une image, ce sont les mêmes produits qui ont permis à la Grèce de maquiller ses comptes afin de pouvoir faire semblant de satisfaire aux critères du pacte de stabilité.

Remarquons aussi le moment choisi pour la souscription de TOFIXMS+ [2]: février 2008, à l’approche de la campagne pour les municipales.

Ces révélations ont aussi une saveur toute particulière, lorsqu’on a en tête les propos infamant proférés par cette équipe au sujet de l’initiative citoyenne en faveur de la sauvegarde de la librairie du Verger des Muses. Ou bien pour le dernier projet pharaonique et probablement surdimensionné de médiathèque, alors même que le besoin n’a jamais clairement été identifié.

A ce sujet citons l’article de Mediapart, très éclairant sur ce qui peut motiver les élus locaux : «En 2007, mon prédécesseur a renégocié avec la banque pour augmenter le capital et allonger le remboursement jusqu’en 2025, afin de financer ses réalisations de fin de mandat : la médiathèque, le pôle service, la réfection de la rue principale…»

Le problème est toujours le même. Pour diriger, il faut choisir, et donc par définition, savoir exclure certains projets. Un jour, la démagogie finira par tous nous ruiner.

FBM

1 Pour faire simple, une partie des intérêts est transférée en risque, qui n’a pas à être comptabilisé (ces engagements sont en hors-bilan).

2 Vues les échéances, il doit s’agir d’une ligne de liquidités permettant de boucler le budget.

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