#circo9213 : Pascale Le Néouannic, Front de Gauche, l’humain d’abord!

Pascal Le Néouanic, (suppléant Pierre Ouzoulias), du Front de Gauche ont aussi répondu à notre questionnaire. Des réponses aux préoccupations des Français, une vision libérale de la société et une économie reprise en main par la démocratie. Encore une  passionnante contributions!  Retrouvez son site internet.

Placecondorcet.fr: Est-ce que la lutte contre la résorption du déficit de la France sera une priorité ?

Pascale Le Néouannic : On ne peut répondre à cette question sans rappeler comment cette dette s’est accumulée. Elle est la conséquene des politiques libérales menées depuis le début des années 1970 par tous les États occidentaux. La France a fait le choix, en 1973, de faire appel aux banques pour financer sa dette alors qu’elle empruntait directement à la Banque de France auparavant. En 30 ans, la France a ainsi payé plus de 1 300 milliards d’euros d’intérêts. La dette publique est devenue une source de revenu essentielle pour les banques privées. Dans le même temps, les États européens, dont la France, ont choisi de réduire considérablement leurs recettes fiscales en allégeant sans cesse la fiscalité qui pèse sur les revenus du capital. La fiscalité est aujourd’hui profondément inégalitaire. Les grands groupes payent beaucoup moins d’impôts que les PME (8 % pour les grands groupes contre 33 % pour les PME) et les foyers les plus riches échappent, grâce aux niches fiscales, à l’imposition qui, en revanche, pèse plus fortement sur les classes moyennes.

Nous refusons les discours culpabilisateurs selon lesquels « nous vivons au-dessus de nos moyens » ou « nous n’avons pas d’autre choix ». Aurions-nous trop dépensé pour l’école et la santé ? Non, ce sont les cadeaux fiscaux et sociaux accordés qui ont asséché les recettes. Ensuite, nous ne pouvons accepter de rembourser ces dettes sans examiner au préalable les conditions financières dans lesquelles elles ont été contractées. Est-il légitime de rembourser des emprunts qui ont contribué à alimenter la spirale infernale de la spéculation et à développer les produits toxiques responsables de la crise financière ? Avant tout il faut réaliser un audit de toutes les dettes publiques.

Enfin l’argument de la dette est surtout un moyen pour la finance d’imposer des politiques libérales de casse sociale pour brader les biens et les services publics. Les exemples terribles de la Grèce, de l’Espagne et de l’Italie apportent la preuve que les politiques d’austérité, censées résorber la dette, conduisent en fait à un appauvrissement dramatique de la société, à une diminution des recettes des États et finalement à toujours plus de déficits. Il faut donc inverser les priorités et mettre en place des politiques fiscales afin de favoriser la redistribution de la richesse et le développement. Dans l’immédiat, pour priver la finance de ses ressources spéculatives, les États doivent pouvoir emprunter directement à la Banque centrale européenne, aux mêmes taux d’emprunt que les banques privées (1 %). Cette proposition portée par le Front de Gauche était considérée il y a encore quelques mois comme « utopiste ». Aujourd’hui beaucoup d’économistes en reconnaissent le bien fondé. C’est la preuve que notre programme politique, qui ne rentre pas dans les cadres de la pensée dominante, apporte pourtant des solutions à la crise.

Placecondorcet.fr: Êtes-vous pour la fin progressive de l’exploitation de l’énergie nucléaire ?

Pascale Le Néouannic : Le Front de Gauche défend, dans le domaine de l’énergie et de l’environnement, le principe de la planification écologique. C’est une véritable révolution qui oblige à redéfinir nos modes de production, de consommation et d’échange en fonction de l’intérêt général de l’humanité et de l’impact de l’activité économique sur l’écosystème. Nous pensons qu’il ne peut y avoir de véritable politique écologique sans une remise en question radicale du mode de fonctionnement du capitalisme et notamment de sa propension à transformer l’humain et la nature en marchandises.

Nous pensons qu’il ne peut y avoir de véritable politique écologique sans une remise en question radicale du mode de fonctionnement du capitalisme et notamment de sa propension à transformer l’humain et la nature en marchandises.

Les député(e)s du Front de Gauche demanderont l’ouverture d’un grand débat public national sur la transition énergétique de la France qui permettra de discuter de toutes les hypothèses, y compris de celle d’une sortie du nucléaire. À titre personnel, comme d’autres au Front de Gauche, je suis favorable à la sortie progressive du nucléaire, mais je sais aussi que ce débat traverse toutes les organisations politiques. C’est la raison pour laquelle le Front de Gauche propose un Référendum, comme cela s’est fait dans d’autres pays européens. On ne peut pas condamner l’absence de débat sur le choix du nucléaire, réclamer transparence et démocratie, y voir un sujet de société qui nous engage tous et refuser de consulter les citoyennes et les citoyens sur cette question ! C’est mettre en mouvement les usagers, les travailleurs de l’énergie et les chercheurs. Sans attendre, il faut que l’État soustraie aux intérêts privés la politique de l’énergie et la sécurité des installations nucléaires en nationalisant EDF, GDF, Areva et Total et en interdisant l’externalisation des opérations de maintenance et de sûreté nucléaire.

À propos de l’environnement, les ressources naturelles doivent être protégées c’est pourquoi, par exemple, au conseil régional, j’ai défendu la position que les espaces naturels, les terres agricoles et les réserves en eaux du plateau de Saclay étaient indispensables à l’équilibre environnemental du sud de la petite couronne et que je me suis opposée aux projets d’urbanisation de ces espaces.

S’agissant de la Politique Agricole Commune, elle doit être réorientée au service d’une agriculture paysanne, créatrice d’emplois, produisant une alimentation de qualité pour tous, permettant un haut degré d’indépendance alimentaire de l’Europe, préservant l’environnement et n’entrant pas en concurrence avec les agricultures paysannes du Sud. Il faut aussi apporter une attention particulière à la question de la santé alimentaire liée au développement des pesticides, des insecticides et des OGM. Contrairement à ce qu’affirment les entreprises agro-industrielles, l’utilisation des OGM s’est accompagnée d’une augmentation des produits phytosanitaires. On sait aujourd’hui que l’accumulation dans la chaîne alimentaire de tous ces produits toxiques est un danger majeur pour la santé publique. D’un point de vue économique, on ne peut accepter que les multinationales de l’agro-alimentaire contrôlent la production alimentaire de la planète en déposant des brevets sur les organismes végétaux et animaux.

À l’Assemblée nationale, je défendrai l’instauration de prix garantis aux producteurs et l’encadrement des marges de la grande distribution ; la révision du code des marchés publics pour permettre à la restauration collective de s’approvisionner en produits de qualité auprès de circuits de proximité ; l’abandon des subventions aux agro-carburants qui entrent en concurrence avec l’usage alimentaire des terres et le maintien du moratoire sur les OGM. Enfin, il faut faire de la revalorisation des revenus des exploitants agricoles et des retraites agricoles, un axe fort de nos politiques.

Placecondorcet.fr: L’Éducation sera-t-elle une de vos priorités ?

Pascale Le Néouannic : Jamais la population, les parents d’élèves, les enseignants, les personnels n’ont marqué un tel rejet des mesures prises par la Droite en matière d’éducation : remise en cause de la scolarité des deux ans avec la mise en place de jardins d’éveil à la charge des collectivités et des contribuables, réduction de l’éducation prioritaire à un repérage des « élèves à risque », sabordage de la formation des enseignants, fermetures de classes, suppression de la carte scolaire et son corollaire le développement de véritables ghettos scolaires, etc. Les désengagements de l’État ont provoqué un accroissement sans précédent des inégalités pour l’accès aux savoirs.

Sans attendre, le Gouvernement doit donc revenir sur les mesures prises par les ministres de N. Sarkozy, notamment dans le domaine de la formation des professeurs, de la diminution des effectifs et de la carte scolaire. Il s’agit également de remettre en place les dispositifs de lutte contre l’échec scolaire (RASED, etc.) et pour l’égalité des droits rétablir une offre scolaire diversifiée et homogène sur l’ensemble du territoire, tant dans les filières générales que professionnelles et techniques. L’école ne doit pas amplifier les inégalités sociales. Il nous faut donc combattre résolument les dogmes libéraux selon lesquels les dépenses d’un État dans le domaine de l’éducation seraient « improductives » et que l’éducation, comme la culture, constitueraient des marchés. Le Front de Gauche a placé au cœur de son programme l’idée que l’éducation et la culture contribuent à l’émancipation humaine. Défendre le service public de l’éducation passe par l’abrogation de la loi Carle, le rétablissement du droit à la scolarisation dès deux ans et rendre obligatoire la scolarité de trois à dix-huit ans, permettant à tous les élèves d’acquérir une culture commune et une qualification reconnue.

L’école ne doit pas amplifier les inégalités sociales. Il nous faut donc combattre résolument les dogmes libéraux selon lesquels les dépenses d’un État dans le domaine de l’éducation seraient « improductives » et que l’éducation, comme la culture, constitueraient des marchés.

Nous proposons aussi de mettre en place des observatoires des inégalités rassemblant dans les territoires des élus, des parents, l’ensemble des personnels de l’éducation nationale car le service public de l’éducation doit garantir un même accès à l’éducation sur tout le territoire et une qualité des enseignements. Nous soutenons la mise en place d’une concertation sur les rythmes scolaires.

S’agissant de l’université et de la recherche, il faut tourner le dos à la pratique exécrable qui consiste à mettre en concurrence les individus, les équipes et les institutions, revenir sur la loi LRU, condition nécessaire pour promouvoir un système d’enseignement et de recherche fondé sur la complémentarité, le travail en équipe et la participation démocratique des personnels à la gestion de leurs établissements, de leurs disciplines et de leurs recrutements.

Placecondorcet.fr: Quelles politiques proposez vous en matière de sécurité et de justice? 

Pascale Le Néouannic : Le bilan de Sarkozy pour la sécurité et la justice est catastrophique. Sa politique est un échec quantitatif puisque les atteintes aux personnes, les plus difficiles à vivre pour les victimes, sont celles qui ont le plus augmenté. Un échec éthique car les personnels de la police ont durement souffert de se sentir instrumentalisés par une politique du chiffre qui fait fi de l’investissements personnels des agents. Enfin, un échec républicain parce que les inégalités de traitement entre les territoires n’ont fait que se creuser. Il y a un policier pour 130 habitants dans le centre de Paris alors que, dans les villes des autres départements de l’Île-de-France, l’évolution des effectifs n’a pas suivi l’accroissement démographique, ni su répondre au défi des banlieues.

Une politique fondée uniquement sur la répression n’est pas tenable car elle aboutirait rapidement à un doublement de la population carcérale, comme aux États-Unis, sans que cela ne diminue le nombre de délits. Le Front de Gauche prend l’engagement de restaurer une police au service de la République, de ses principes et de ses habitants qui doit s’accompagner de dotation de moyens d’investigation adéquats. Enfin, rien n’est possible sans s’attaquer aux causes sociales de la violence et notamment, en région parisienne, à l’existence de véritables ghettos dans lesquels se concentrent tous les problèmes. Dans certains de ces quartiers le taux de chômage des jeunes dépasse 50 %. Cette absence de perspectives sociales est le premier facteur de violence.

Rien n’est possible sans s’attaquer aux causes sociales de la violence et notamment, en région parisienne, à l’existence de véritables ghettos dans lesquels se concentrent tous les problèmes. Dans certains de ces quartiers le taux de chômage des jeunes dépasse 50 %. Cette absence de perspectives sociales est le premier facteur de violence.

La précédente majorité avait fait preuve d’une grande mansuétude face à la délinquance en « col blanc » et à la corruption industrielle et politico-financière. Nous proposerons de nouvelles lois pour lutter plus efficacement contre les conflits d’intérêt et la fraude fiscale.

Placecondorcet.fr:  Abrogerez-vous la loi Hadopi ?

Pascale Le Néouannic : Nous sommes pour l’abrogation de la loi Hadopi et l’ouverture d’une vaste concertation pour garantir la rémunération des artistes. Dans ce débat, le Front de Gauche défend le principe de la licence globale qui organise le partage des biens savoirs, l’universalisation de la connaissance et de la culture.

Dans ce débat, le Front de Gauche défend le principe de la licence globale qui organise le partage des biens savoirs, l’universalisation de la connaissance et de la culture.

Nous voulons aussi restaurer la pluralité de l’information en donnant à la presse écrite et audio-visuelle les moyens économiques de son indépendance. Nous sommes convaincu(e)s que l’information, au même titre que l’éducation ou la culture, est un outil indispensable pour que chacun puisse déterminer en conscience, de manière libre et éclairée, ce qui lui semble être bon pour l’intérêt général. Une information permettant l’exercice du débat raisonné est tout à la fois une condition et un objectif. Dans l’immédiat et en urgence, il faut interdire, dans le domaine de l’information, les situations de monopole, national ou régional, pour les groupes financiers, industriels et de services, interdire aux prestataires de l’État de posséder des médias, réviser le système des aides à la presse, donner un statut légal aux entités rédactionnelles, préserver le statut actuel de l’AFP et remplacer l’actuel CSA par un Conseil national des médias, composé d’élus, de représentants des professionnels et des usagers. Enfin, il faut instituer le principe simple selon lequel les données et les informations produites ou détenues par l’État, ses établissements, ou dans le cadre de contrats publics, doivent être librement accessibles. Par exemple il est inadmissible que les ministres successifs de l’Éducation nationale aient décidé de ne pas publier les rapports sur l’école qu’ils avaient commandés quand ils ne correspondaient pas à leurs objectifs politiques (dix-sept rapports avaient ainsi été « bloqués » et viennent d’être mis en ligne par le nouveau ministre).

Placecondorcet.fr: Êtes-vous pour le transfert de nouvelles compétences au niveau européen ?

Pascale Le Néouannic : Nous vivons une période cruciale pour l’avenir de l’Europe. L’Union européenne n’a plus qu’un seul objectif : soumettre les peuples à l’austérité et les obliger à respecter des règles budgétaires qui restreindront de plus en plus la capacité d’actions des États. Les pressions pour contraindre à voter pour les partis qui acceptent ses règles se multiplient. Les partisans de l’Europe « austéritaire » expliquent ainsi aux Grecs (mais ce message s’adresse à tous les pays) qu’ils risquent de sortir de l’euro s’ils votent mal. Il est désolant que l’euro-député vert D. Cohn-Bendit partage cette opinion.

Qui sait que le traité de Lisbonne a été révisé ? Que la décision a été prise en catimini par les vingt-sept États membres ? Que celle-ci vise à pérenniser, à partir de 2013, les mesures drastiques du Fonds européen de stabilité financière prétendument mis en place pour « sauver » la Grèce ? Demain, les gouvernements seront placés sous la tutelle d’instances économiques qui ne seront soumises à aucun contrôle démocratique. Une nouvelle fois, la démocratie est bafouée. Les député(e)s du Front de Gauche s’engagent à ne pas ratifier le pacte budgétaire et le mécanisme européen de stabilité et défendront la rédaction d’un nouveau traité qui garantira les services publics, les droits sociaux, les droits des minorités, la laïcité, etc.

Pour moi, la question n’est pas de savoir si de nouvelles compétences doivent être transférées à l’Union européenne, mais de rendre les institutions européennes réellement démocratiques.

Pour moi, la question n’est pas de savoir si de nouvelles compétences doivent être transférées à l’Union européenne, mais de rendre les institutions européennes réellement démocratiques. Il faut en finir avec les reculs dramatiques de la démocratie qui vont jusqu’à la mise sous tutelle des États. L’Europe doit miser sur l’implication des citoyens. Car c’est le terrible échec de l’orientation de l’Union européenne qui nourrit une légitime et grandissante contestation. Les pouvoirs de la commission doivent donc être revus au profit du Parlement européen et des parlements nationaux dont les droits d’initiatives, de codécision et de contrôle doivent être renforcés. Face à une Europe libérale au service de la finance, il faut faire entendre la voix des peuples. L’Assemblée nationale française peut être le lieu de cette reconquête.

Placecondorcet.fr:  Souhaitez-vous favoriser l’essor des transports publics ?

Pascale Le Néouannic : Avant toute chose, il faut rappeler l’absurdité des politiques qui concentrent toujours plus les emplois dans l’ouest parisien et les logements dans la grande couronne. Comment les élus de l’UMP des Hauts-de-Seine, P. Devedjian à leur tête, peuvent-ils tout mettre en œuvre pour renforcer l’offre de bureaux à La Défense, réduire la part de logements financièrement accessibles dans leurs communes et s’émouvoir, dans le même temps, des conditions de transport faites aux usagers des lignes de RER ? Une politique des transports ne peut s’émanciper d’une réflexion de fond sur l’aménagement du territoire et sur la politique du logement en Île-de-France. C’est pour cela que j’ai demandé la mise en place d’un comité pour la ligne B du RER.

Une politique des transports ne peut s’émanciper d’une réflexion de fond sur l’aménagement du territoire et sur la politique du logement en Île-de-France. C’est pour cela que j’ai demandé la mise en place d’un comité pour la ligne B du RER.

Toutefois, les problèmes des transports franciliens doivent nécessairement être envisagés dans des perspectives nationales. Ils relèvent de choix politiques et de débats au Parlement. Il est certain que les réserves de pétrole ne sont pas inépuisables, il nous faut donc préparer dès maintenant la bifurcation écologique et initier une politique de sobriété énergétique. Rien de sérieux n’a été fait dans ce sens pour l’instant. Les député(e)s du Front de Gauche proposeront de mettre en œuvre une taxe carbone kilométrique sur les importations et les exportations afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle aura l’avantage d’inciter la relocalisation de l’économie.

Nous avons besoin d’un programme de développement des transports collectifs de grande ampleur adossée à une politique sociale. Ainsi le Front de Gauche propose d’étendre à l’ensemble des régions les dispositifs de remboursement dont bénéficient les Franciliennes et les Franciliens. Ensuite, il faut regrouper de nouveau la gestion des infrastructures (confiée à RFF) et l’exploitation ferroviaire (assurée par la SNCF) et doter les opérateurs publics de transport de nouvelles ressources financières. La politique des transports doit répondre à une exigence sociale (offrir à toutes et à tous un service public de qualité, sur l’ensemble du territoire), à une exigence écologique (diminuer la consommation d’énergie et la production de gaz à effet de serre), à une exigence économique (réduire les distances parcourues par les marchandises), mais aussi à une exigence démocratique pour que la création et la gestion des infrastructures de transport répondent à l’intérêt général et associent les usagers, les élus, les syndicats des entreprises publiques.

Placecondorcet.fr: Favoriserez-vous la construction de logements HLM ?

Pascale Le Néouannic : Cette question recoupe la précédente et il faut donc redire avec la plus grande vigueur combien est détestable la position des communes des Hauts-de-Seine qui bafouent volontairement et en toute impunité les objectifs de la loi SRU et notamment l’obligation qui leur est faite de développer le logement social, alors que les demandes de logement social en souffrance concernent trois millions de personnes.

À Antony, la ville du candidat de l’UMP, P. Devedjian, il y a aujourd’hui moins de logements sociaux qu’il y a vingt ans ! Sans vergogne, ces élus mettent tout en œuvre pour offrir de nouveaux terrains aux promoteurs immobiliers. Ainsi, P. Devedjian, grâce à un tour de passe-passe, avait trouvé une solution pour récupérer les terrains de la résidence universitaire J. Zay, détruire plusieurs centaines de logements sociaux étudiants voulant offrir ces terrains à d’autres usages, alors même que la région Île-de-France manque cruellement de logements sociaux pour accueillir les étudiants. La justice administrative vient de sanctionner cette décision. Si certains des élus des Hauts-de-Seine sont incapables d’honorer leurs obligations sociales en matière de logement, il faut que l’État intervienne sans faillir pour imposer le respect de la loi. Nous ne pouvons tolérer que des élus, comme à Châtenay-Malabry, poursuivent délibérément une politique de diminution des logements sociaux. Il faut donc renforcer des dispositions de la loi SRU et imposer une obligation de 30 % de logements sociaux dans les territoires les plus densément urbanisés.

À l’Assemblée nationale, il faut faire voter une loi qui interdira les expulsions locatives des familles en difficulté et qui plafonnera les prix à la vente et à la location pour l’immobilier privé.

À l’Assemblée nationale, il faut faire voter une loi qui interdira les expulsions locatives des familles en difficulté et qui plafonnera les prix à la vente et à la location pour l’immobilier privé. Sans attendre, il faut que la loi sur la réquisition des logements vacants soit appliquée. Enfin, nous travaillerons à la création d’un service public national et décentralisé du logement et de l’habitat destiné à financer la construction de 200 000 logements sociaux par an.

Placecondorcet.fr : Êtes-vous favorable à un nouvel acte de décentralisation ?

Pascale Le Néouannic : L’abrogation de la réforme des collectivités locales votée en 2010 est un préalable. De manière générale, il faut que cesse la mise en concurrence des collectivités. Il faut inverser cette logique. La RGPP a bafoué l’égalité d’accès aux services publics. Le principe constitutionnel de l’égalité des territoires doit être réaffirmé et les systèmes de compensation doivent être renforcés. Les services publics doivent permettre d’enrayer la désertification des territoires et offrir à toutes et à tous des services équivalents. Concrètement, le Front de Gauche est attaché à ce que nul ne se trouve à plus de trente minutes d’un service de soins d’urgence. De même concernant l’école publique nous nous attacherons à faire en sorte, conformément à la Constitution (L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État), que l’on inverse la situation actuelle qui a vu le nombre de communes sans école publique augmenter de 11 % en dix ans. Dans le cadre de la transition écologique nous proposerons d’accompagner les collectivités locales pour la création de régies publiques de l’eau afin de leur permettre d’en assurer la maîtrise et donc le contrôle par les citoyens, les élus et les usagers.

Placecondorcet.fr : Êtes-vous pour la fin du cumul des mandats ?

Pascale Le Néouannic : En accord avec son programme et les engagements pris par J.-L. Mélenchon lors de la dernière élection, le Front de Gauche souhaite l’abolition du régime présidentiel. Nous voulons un régime parlementaire et rétablir la primauté du pouvoir de l’Assemblée nationale sur l’exécutif. Le scrutin proportionnel sera institué pour toutes les élections. Nous voulons aussi que les mandats soient limités en nombre et dans le temps. Nous pensons que le mandat de député doit être exercé à l’exception de tout autre mandat. Si je suis élue, j’appliquerais aussitôt cette règle car je suis persuadée qu’une députée doit se consacrer à temps plein à cette fonction. À ce titre, je souhaite participer à deux commissions : celle du développement durable et de l’aménagement du territoire et celle des affaires sociales.

Si je suis élue, j’appliquerais aussitôt cette règle car je suis persuadée qu’une députée doit se consacrer à temps plein à cette fonction.

Pour garantir l’indépendance de la justice un Conseil supérieur de la justice sera institué et composé de membres élus pour moitié par les magistrats et par le Parlement. Il sera responsable devant le Parlement et décidera des nominations de l’ensemble des magistrats.

Placecondorcet.fr : Êtes-vous favorable au droit de vote pour les étrangers non-communautaires aux élections locales ?  Êtes-vous favorable au droit au mariage ouvrant les mêmes droits pour les unions homosexuelles et hétérosexuelles ? 

Pascale Le Néouannic : Les député(e)s du Front de Gauche proposeront l’instauration d’une citoyenneté de résidence qui permettra, notamment, aux résidents extra-communautaires de bénéficier du droit de vote aux élections locales. C’est une première étape dans la perspective de refondation d’une nouvelle République démocratique et sociale.

Faire de la lutte contre toutes les discriminations et garantir les mêmes droits à toutes et à tous est un enjeu immédiat. La VIe République que nous voulons s’inscrit dans un universalisme concret et émancipateur, fondé sur l’égalité des droits et la fin des discriminations. Nous soutiendrons l’adoption d’une loi d’égalité des droits et de lutte contre toutes les discriminations d’ici à la fin de 2012. Ainsi, concrètement, les droits du PACS seront développés et le droit au mariage et à l’adoption sera reconnu à tous, homosexuels comme hétérosexuels. Le droit des femmes à disposer de leurs corps, par la contraception et l’avortement, sera renforcé en développant l’offre de santé. De la même façon, il n’est pas possible de lutter efficacement contre les discriminations sans renforcer les moyens des inspecteurs du travail, de la Justice, de l’éducation et de l’accompagnement social des victimes de violences familiales et des jeunes « LGBT ».

il n’est pas possible de lutter efficacement contre les discriminations sans renforcer les moyens des inspecteurs du travail, de la Justice, de l’éducation et de l’accompagnement social des victimes de violences familiales et des jeunes « LGBT ».

Enfin, en ce qui concerne la laïcité, domaine qui me tient particulièrement à cœur, toutes les dispositions visant à réduire la portée de la loi de 1905 seront abrogées et les dispositions de cette loi seront étendues en Alsace et de la Moselle. Car le statu quo n’est pas l’égalité. C’est justement parce qu’il reste tant à faire pour passer de l’égalité formelle à l’égalité réelle qu’il est nécessaire de changer la loi. Si nous renonçons, nous nous condamnons à accepter un modèle de société où il n’y aurait qu’une religion de référence et des croyants d’autres confessions ou des athées suspectés de ne pas être de « bons citoyens ». Seule la laïcité garantie une réelle liberté de culte et de pensée.

Fabrique de placecondorcet.fr: Le même questionnaire a été envoyé à tous les candidats de la circo9213 à partir du vendredi 19 mai 2012 . La contribution de Pascale Le Néounnic, a été reçue, le lundi 29 mai 2012. 

Share